
Direction artistique & photographie
FREEDHOMME est une série photographique que j’ai imaginée et dirigée artistiquement, réalisée en collaboration avec le créateur Mok Mode. À travers ce projet, j’explore les notions de liberté, d’exil, d’identité et d’émancipation, en interrogeant ce que signifie reconstruire sa vie ailleurs, loin de ses repères, de son histoire et parfois de ceux que l’on aime.
Le titre FREEDHOMME associe la liberté à la condition humaine. Il évoque autant le désir universel de s’affranchir de ce qui nous entrave que la quête de dignité de celles et ceux contraints de quitter leur terre natale. Au-delà des frontières géographiques, il pose une question : que reste-t-il de nous lorsque nous devons tout quitter, et que pouvons-nous devenir lorsque nous reprenons possession de notre propre histoire ?
La figure de Yasuke, premier samouraï noir d’origine africaine connu de l’histoire du Japon, constitue une référence symbolique de cette démarche. Son parcours, à la croisée de plusieurs cultures, fait écho aux questions d’intégration, d’appartenance et de représentation. Il incarne la possibilité de trouver sa place ailleurs sans renoncer à ce que l’on est. À travers cette référence historique, je cherche à inscrire les trajectoires contemporaines de l’exil dans une réflexion plus large sur la résilience, la singularité et l’émancipation.
La direction artistique repose sur une narration visuelle construite autour de symboles. Les roses rouges rendent hommage à celles et ceux qui n’ont jamais atteint le rivage, dont les histoires se sont interrompues au cours de la traversée. Les roses blanches évoquent les survivants, ceux qui ont franchi cette épreuve et qui portent désormais la possibilité d’un nouveau départ. Entre deuil et renaissance, elles matérialisent la frontière fragile qui sépare la perte de l’espoir.
La mise en scène emprunte également, de manière libre et assumée, à l’univers visuel d’une pochette de Bad Bunny. En tant que Latino-Américain, cette référence fait partie de mon propre paysage culturel. J’ai souhaité en déplacer les codes pour en révéler la portée universelle et les faire résonner avec les enjeux de l’exil. Les chaises deviennent des présences silencieuses, des traces de ceux qui manquent, des témoins d’une vie laissée derrière soi. Elles convoquent la mémoire, le deuil et les réalités sociopolitiques qui façonnent les parcours migratoires.
La présence de Cheick au cœur de cette composition vient rompre avec cette absence. Son attitude, sa posture et son regard affirment une présence pleine, fière et assumée. Il ne s’agit plus seulement de raconter le départ ou la difficulté de la traversée, mais de montrer l’homme dans toute sa dignité, son charisme et sa capacité à se projeter dans l’avenir. Il incarne ces hommes qui, après avoir tout quitté ou presque, poursuivent leurs rêves et ceux de leurs proches.
Cette série est née de ma volonté de déplacer le regard porté sur l’exil : passer du récit de la vulnérabilité à celui de la dignité, de l’absence à la présence, du déracinement à la possibilité de se reconstruire. La collaboration avec Mok Mode, dont le parcours au Studio Lausié à Marseille et les engagements auprès de SOS MEDITERRANEE et de Lesvos Solidarity font écho à ces thématiques, a permis de donner corps à cet univers à travers le dialogue entre mode, image et engagement.
Avec FREEDHOMME, je souhaite porter un regard différent sur l’exil et sur celles et ceux qui le vivent. À travers cette série, je mets en lumière des parcours marqués par le départ, la perte et l’espoir d’une vie meilleure. Chaque image cherche à montrer au-delà de l’histoire migratoire, un individu, son identité, sa force et sa liberté de construire son avenir.






















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